Créer d'autres possibles, lorsque continuer détruit

burn-out arrêt d'urgence

Burn-out

Quand le corps reprend le pouvoir, pour vous protéger…

Si vous cherchez à savoir si vous êtes sur la voie d’un burn-out, je vous recommande le questionnaire d’auto-évaluation du burn-out proposé par Souffrance et travail.

Il vous informe tout en vous permettant de vous situer sur ce processus destructeur.

Il m’a permis de réaliser que j’étais allée bien plus loin que ce que j’imaginais. Cette lucidité m’a vraiment aidé à accepter lorsque l’effondrement est arrivé.

Premières rencontres

J’ai d’abord lu le témoignage d’une personne ayant reçu le diagnostic de burn-out. J’ai été impressionnée par l’intensité de ses symptômes physiques, leur résistance au diagnostic et aux traitements.

Je me suis souvenue alors qu’une connaissance confrontée à un harcèlement moral sévère au travail avait dû être hospitalisée : elle avait perdu énormément de poids, ne se nourrissait plus. Aujourd’hui elle va bien et a créé son activité.

Et puis j’ai réalisé que j’avais connu une personne qui s’était suicidée alors qu’elle était à un stade avancé d’épuisement professionnel. J’ignore si cet épuisement en était la seule cause, mais je suis sûre qu’il n’a rien arrangé.

Et puis les médias ont commencé à relayer des informations sur des entreprises où les salariés se suicidaient sur leur lieu de travail.

Comment le travail peut-il entraîner cela ?

Alors j’ai lu des témoignages de psychologues du travail ayant accompagné des personnes après un burn-out. Là, j’ai été frappée par la diversité des symptômes et des durées d’incapacité. Et choquée par les situations qui les avaient amenées à cet état, même si ce n’est pas l’objet de cet article.

Pourquoi des symptômes et des durées aussi différents ?

Pourquoi le burn-out entraîne-t-il des incapacités à géométrie variable chez une même personne ?

Certains vont développer une pathologie mystérieuse et véritablement handicapante entraînant des années d’errance médicale.

D’autres vont être incapables, par exemple, de s’asseoir derrière un ordinateur, d’envoyer un mail ou de conduire à certains endroits seulement.

Tous connaîtront cet avant / après, cette incapacité durable à reprendre le travail et à fonctionner comme avant, ainsi que cette incompréhension face à ce qui survient et résiste, malgré soi.

Dedans / dehors : le jugement comme stratégie du déni

Vu de l’extérieur, le jugement est facile et évite la remise en question.

Ainsi les qualificatifs fragile, tire-au-flanc, trop sensible sont utilisés couramment.

Ce jugement a le mérite, pour celui qui le porte, de le « prémunir », tel un vaccin anti-burnout. Car évidemment, la personne qui juge se situe au-dessus de la personne jugée. Qualifier l’autre de fragile implique de se considérer solide, donc de ne pas risquer le burn-out.

Il arrive également que la personne soit jugée suspecte de tirer parti du système, de se mettre trop facilement en arrêt pour éviter le travail. Le jugement se double alors d’une condamnation pour mauvaise foi ou manipulation. Ce qui implique que le juge, lui, se considère fiable, sérieux et honnête.

Non seulement la personne qui juge (voire condamne) se met à l’abri du risque, mais en plus la victime devient coupable, ce qui apporte un sens logique à une situation qui, au départ, n’en a pas. Ainsi tout semble rentrer dans l’ordre.

Vu de l’intérieur, le jugement comme aiguillon à redevenir comme avant.

Lorsque la personne en burn-out constate que ses incapacités sont vraiment plus fortes qu’elle, l’inquiétude et l’incompréhension se rajoutent au tableau et peuvent aggraver les symptômes.

Souvent, l’objectif est alors de tout faire pour sortir de cet état au plus vite. Et soit les efforts sont impossibles, soit ils ne donnent pas les résultats attendus.

La culpabilité puis la honte de ne pas y arriver s’invitent à leur tour dans le tableau et aggravent vraiment la situation vécue. Les ressentis de culpabilité et de honte ajoutent des freins supplémentaires aux possibilités d’action, enclenchant un cercle vicieux. Ils vont aussi contribuer à isoler encore plus la personne qui se heurte souvent à l’incompréhension de ses proches. Même ceux de bonne volonté finissent par ne plus savoir quoi faire pour aider.

Tant qu’on ne l’a pas vécu soi-même, tant qu’on n’a pas fait cette expérience-là, d’une incapacité « plus forte que soi », comment comprendre que cela est possible, que la volonté n’est d’aucun secours ?

Les automatismes de survie comme clé d’interprétation.

Les incapacités causées par un burn-out sont comme une addiction inversée. L’addiction empêche d’arrêter un comportement qui détruit à long terme pour éviter un danger grave perçu à court terme. Le burn-out empêche de reprendre un comportement qui a détruit.

Et là, tout fait sens.

Si je considère que le burn-out est une sorte de coup d’état, un retour au pouvoir du corps, tout s’explique.

Le corps est resté trop longtemps écarté des prises de décision. Pris dans le mental, dans un quotidien ultra-prenant et dans des objectifs extérieurs de plus en plus coûteux physiologiquement (énergie, stress), le corps a tenu tant qu’il a pu pour suivre les décisions qu’il n’a pas prises.

Le corps a ses raisons que la raison ignore.

Nous avons l’habitude de penser que seule notre tête sait raisonner et commander l’action au corps. D’ailleurs nous avons été éduqués à ne pas trop nous « écouter », à apprendre avec notre tête et à considérer le corps comme une sorte de véhicule chargé de nous permettre d’exécuter nos décisions. Et lorsque le corps dysfonctionne, un spécialiste saura le « réparer ».

Or le corps est riche de nombreuses capacités, bien plus variées et influentes que ce que nous imaginons. Une de ses capacités est de nous permettre de ressentir et d’interpréter notre environnement. Le corps transmet donc au cerveau une quantité phénoménale de données, bien supérieure à ce que notre raison peut traiter.

Le corps est également doté de moyens d’assurer sa survie, donc la nôtre par la même occasion. Comme nous avons besoin de réagir très vite en cas de danger, ces moyens s’activent si vite que notre raison, donc notre volonté, n’a pas le temps d’interférer.

Dans ces conditions, il est logique que le corps active ses moyens de survie lorsqu’il perçoit que ses ressources sont épuisées, qu’il est en train de se mettre en danger.

Le corps a les moyens de nous arrêter

Son objectif ? Mettre fin au comportement perçu comme destructeur. Pas pour se venger ou nous punir. Non, juste pour nous protéger.

Ses moyens ? Tous les dysfonctionnements qu’il peut provoquer et qui sont potentiellement capables de nous arrêter. Il nous connait – depuis le temps qu’il nous pratique – donc il va tenter plusieurs stratégies susceptibles de nous arrêter, jusqu’à en trouver une qui nous arrête vraiment.

L’inégalité des symptômes vient de la diversité des situations et des croyances associées. Une personne sensibilisée aux risques ou attentive à ses ressentis corporels détectera l’alerte avant d’arriver à l’effondrement. Une autre, moins prête à admettre sa situation réelle, ira jusqu’aux symptômes physiques violents.

Mais pour tous, la raison et la volonté seront comme disqualifiées. Quels que soient leurs efforts et leur volonté, leur système de survie désactivera tout ordre qui exposerait à nouveau le corps à une situation qu’il perçoit comme dangereuse.

Quand on a toujours été aux commandes de sa vie, quoi de plus dérangeant que de se retrouver soudainement mis devant son propre fait (in)accompli ?!

Et le suicide alors ?

Notre cerveau est fait pour proposer des solutions aux problèmes perçus. Parfois, lorsque la situation est vécue comme insoluble, le cerveau propose le suicide comme solution ultime. Et alors, la tentation peut être grande d’y céder pour pouvoir, enfin, se reposer.

Pourquoi le système de survie ne s’active pas à ce moment-là ? Peut-être parce qu’il n’en a plus les ressources, ou parce qu’il ne perçoit pas d’autres alternatives. Je n’ai que des hypothèses en réponse à ces questions.

Parfois le corps réussit à saboter l’acte qui se transforme alors en tentative de suicide. Sa survie est assurée, mais pour combien de temps ?

Un cadeau mal emballé

Vu ainsi, le burn-out s’avère un cadeau. Très mal emballé, je vous l’accorde : c’est d’abord un très gros accident sur le parcours de vie. Mais c’est le cadeau d’une belle occasion de repartir sur des bases plus durables. A condition de renoncer au fonctionnement d’avant, celui où la raison décide seule ce que le corps devra exécuter.

On peut regretter que l’être humain ait besoin de se prendre un mur pour comprendre. Pourtant, notre humanité commune se retrouve bien dans cette aversion à la perte, cette difficulté à renoncer au connu, même inconfortable, et cette peur vitale de se retrouver exclu du groupe.

Bref, nous partageons cette difficulté à accepter de perdre un fonctionnement connu sans savoir par quoi il sera remplacé, ni s’il sera socialement accepté.

J’ai l’intime conviction que ceci explique pourquoi le cadeau du burn-out n’est pas toujours déballé. Pourtant, l’opération n’a rien de complexe. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit douce et confortable.

Accepter de coopérer

Accuser réception de l’alerte

La première étape, la plus importante et parfois la plus difficile aussi, est d’accepter ce qui est pour pouvoir faire le deuil de ce qui n’est plus.

Comment accepter ce qui nous met à l’arrêt et nous prive de notre pouvoir ? En considérant ce burn-out pour ce qu’il est. Pas un dysfonctionnement passager, pas une panne à réparer, pas une faute professionnelle, ni une honte institutionnelle. Non, juste un arrêt d’urgence doublé d’un avertissement à prendre au sérieux : « plus jamais comme avant ».

Ecouter son corps

Ce concept pourra sembler totalement incongru à toutes celles et ceux – j’en ai longtemps fait partie – qui considèrent leur corps comme un moyen, un outil. Si vous pensez que vos besoins sont physiologiques et matériels uniquement, réjouissez-vous : un univers entier s’ouvre devant vous. La communication non violente m’a grandement aidée à le découvrir.

Le corps s’exprime à l’aide d’émotions et de sensations corporelles : contractions, tensions, douleurs, picotements, échauffements. Et la traduction automatique n’existe pas.

Vos émotions sont ses principales messagères : agréables ou non, toutes ont quelque chose à vous dire. Et si vous refusez de l’entendre, le message vous sera représenté, encore et encore, de plus en plus fort.

Vous allez donc devoir ralentir pour observer avec attention et curiosité. Cesser de donner raison à vos juges intérieurs ou extérieurs, pour tendre l’oreille à votre voix intérieure.

Ralentir dans un monde où tout va toujours plus vite ?

Logiquement, avec le burn-out, votre corps vous impose de ralentir. Seulement vous, pour garder l’acceptabilité du groupe, vous rongez votre frein et profitez du moindre apport d’énergie pour accélérer. Au risque de vous épuiser à nouveau.

La deuxième difficulté, à mon sens, consiste à trouver comment se découpler du « avant » sans se découpler du collectif. Par exemple, si vous étiez un fonceur doué pour entraîner les autres dans votre élan, comment pouvez-vous ralentir en restant vous-même ET en continuant d’inspirer les autres ?

Spoiler alert, ça n’est pas votre cerveau qui trouvera la réponse.

Rappelez-vous, le corps a repris son pouvoir. Il connait l’état de vos ressources, il sait ce qui vous donne l’énergie dont vous manquez tant en ce moment. Alors guettez votre joie (qui vous indique que vous êtes au bon endroit), utilisez-la comme votre nouvelle boussole, et attendez d’avoir l’élan pour agir. Vous verrez, c’est fou comme l’action devient fluide et juste lorsque l’élan est là.

Et si vous avez peur que ça ne suffise pas pour retrouver travail et statut social, je vous invite à réfléchir à ces quelques questions :

  • Est-ce que les végétaux ont besoin de se mettre la pression ou de se tirer dessus pour pousser ?
  • Est-ce que les mammifères ont besoin de planifier et de contrôler leurs actes pour vivre ?
  • Qu’est-ce qui est essentiel pour vous : la réussite matérielle (avoir), l’activité permanente (faire) ou une relation saine avec vous-même et les autres (être) ?

Après, c’est vous qui voyez.

Et découvrir d’autres possibles

Lorsque tête et corps s’écoutent et coopèrent, la vie s’aligne. La prise de décision change et se fiabilise. Les actions et les paroles sont justes.

Lorsque des temps vides apparaissent dans l’agenda, ils apportent de l’oxygène, des idées nouvelles et de la clarté. Exit la confusion, les ruminations et le stress. Et lorsqu’ils reviennent, vous saurez très vite repérer le problème qu’ils vous signalent. Vous saurez donc comment adapter votre action pour les faire disparaître à nouveau.

Vous allez découvrir de nouveaux super-pouvoirs : la capacité à repérer ce qui est essentiel et à adapter votre action aux ressources disponibles. Ils vous permettront d’aller bien plus loin que ce que vous imaginiez et de faire plus juste, simplement.

Alors le cadeau deviendra évident : ce burn-out vous aura permis de revenir sur votre propre chemin.

Au fait, pensez à remercier votre corps pour tout ce qu’il a fait pour vous !

Si tout ceci résonne en vous, si vous vous sentez un peu démuni face à ce qui vous arrive, parlez-en. La souffrance vient en grande partie de l’intériorisation du sentiment d’impuissance et de l’isolement.

Si vous ne voyez plus vos ressources disponibles, gardez la confiance : elles sont toujours là. Seulement, vous pourriez avoir besoin d’un tiers de confiance pour vous aider à retrouver comment y accéder à nouveau. Quelqu’un qui saura vous montrer vos possibilités et vous redonner le pouvoir d’agir, sans pression ni recherche de performance.

L’objectif est VRAIMENT de ne pas repartir comme avant. Ce qui ne signifie pas que vous devez obligatoirement quitter votre travail ou changer de métier. Laissez-vous du temps, du vide et beaucoup de confiance.

Adoptez la curiosité, repérez vos limites et prenez soin de vous.

Je propose des accompagnements individuels et des groupes de parole sur la souffrance au travail. Un coup de pouce, un éclairage, une écoute et un soutien. Selon vos besoins, selon votre rythme.

Vous pouvez me contacter via ce site ou par mail à bonjour@imagine-demain.fr

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